Le japon malade du suicide
TOKYO (AP) - Le récent suicide par pendaison du ministre de l'Agriculture a remis en lumière le taux extrêmement élevé de suicide au Japon et l'inefficacité des campagnes menées par l'Etat pour tenter de le réduire.
Toshikatsu Matsuoka, 62 ans, s'est pendu lundi dans son appartement avant une audition au Parlement dans le cadre d'un scandale sur les pratiques comptables douteuses dans ses services. Il fait désormais partie des quelque 30.000 Japonais qui mettent fin à leurs jours chaque année, soit le deuxième taux de suicide le plus élevé des pays industrialisés.
Le taux de suicide au Japon atteignait 25,5 pour 100.000 personnes en 2003, derrière celui de la Russie (38,7), d'après les chiffres de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). En 2005, plus de 32.500 Japonais se sont donné la mort, soit 7% de plus que l'année précédente, selon les dernières statistiques de l'Agence de la police nationale.
"Nous faisons face à une sorte de crise", reconnaît Takanori Suzuki, responsable gouvernemental chargé de la prévention du suicide. "Nos précédentes mesures n'ont pas été efficaces (...) et nous devons agir rapidement."
Le Japon a une longue tradition de suicide, mais les chiffres ont explosé pour atteindre plus de 30.000 suicides par an à la fin des années 90, période de forte récession économique qui a entraîné des restructurations dans de nombreuses entreprises. Ce sont principalement des quinquagénaires qui ont mis fin à leurs jours.
Malgré la reprise, le taux de suicide reste élevé. Or les programmes de conseil aux personnes dépressives et la sensibilisation à la maladie mentale mis en place par les autorités n'ont pas de résultats probants.
L'ampleur de la crise n'a été mesurée que récemment avec la multiplication de groupes de suicide créés entre inconnus, sur Internet.
En juin dernier, le Parlement a adopté une loi visant à renforcer la prévention du suicide, alors que le gouvernement créait le département de Takanori Suzuki au sein du gouvernement, pour qu'il prenne des mesures de lutte contre le suicide.
Dernièrement, un groupe d'experts a proposé une série de propositions avec l'objectif de réduire de 20% le taux de suicide d'ici à 2016, soit 25.000 suicides par an. Il recommande notamment de renforcer les services consacrés à la maladie mentale, avec des conseillers sur les lieux de travail et des réseaux de psychiatres.
Les spécialistes définissent le suicide comme un acte auquel une personne est "contrainte" par des pressions économiques ou sociales, plus qu'une décision personnelle prise par un sujet psychologiquement faible.
Yasuyuki Shimizu, représentant de Life Link, une association travaillant à la prévention du suicide, souligne que le Japon n'a pas réussi à faire baisser son taux de suicide car la société continue de minimiser l'importance des ennuis personnels. "Dans ce pays, il est difficile de vivre sans appartenir à un groupe, et une fois que vous en êtes exclu, il est très difficile de se réinsérer."
Ces politiques de prévention se heurtent également à des obstacles culturels et historiques bien ancrés au pays du Soleil levant, où se suicider constitue une façon honorable de racheter la disgrâce publique et d'exprimer sa honte.


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